Le sort de l’UGTA et « l’avenir » du système

drtaharbesbas.jpgLes travailleurs algériens voient arriver le 1er mai, cette date symbole immuable des luttes syndicales, alors qu’ils viennent, pour la plupart d’entre eux, de sortir d’un mouvement de protestation fait de grèves et de marches dont l’initiative est à l’actif exclusif de jeunes syndicats autonomes.
Cette protestation, devenue quasi permanente depuis quelques années, ne semble pas avoir donné à réfléchir à un gouvernement dont l’autisme apparaît désormais comme une constante. Ainsi, les syndicats à l’origine des luttes actuelles, bien que légalement constitués, sont systématiquement ignorés. Pis, ils sont réprimés, au besoin par la matraque et leurs responsables ne comptent plus les procès en justice qui leur sont intentés par les ministres. Pis encore, l’ex-syndicat unique qu’est l’UGTA, régulièrement appelé à la rescousse par le gouvernement, ne rechigne pas à la besogne dès qu’il s’agit de diaboliser les véritables défenseurs des intérêts des travailleurs. « Les grèves ne règlent pas les problèmes.» Ainsi avait parlé le secrétaire général de l’UGTA pendant les derniers débrayages et quelques jours avant de se faire « réélire » par un congrès décrié y compris à l’intérieur de cette organisation. Une telle déclaration doit être entendue comme l’expression pudique d’un renoncement à un droit constitutionnel, un droit consacré à présent jusque et y compris dans des Etats où le droit n’est pas toujours la première vertu. Une organisation syndicale qui se dessaisit ainsi de tout pouvoir de dissuasion face à la toute-puissance du patronat ou à l’omnipotence des pouvoirs publics, perd toute raison d’être. Plus que l’abandon d’un instrument de lutte universel, il s’agit là d’une désertion déguisée du terrain syndical, mais une désertion qui ne soustrait pas l’organisation à l’obligation de remplir son rôle de syndicat alibi.
C’est que l’UGTA finit à présent par se révéler comme partie intégrante d’un système politique moribond. D’avoir accompagné solidairement et sans remise en cause un tel système, l’ex-syndical unique achève désormais de se décliner comme l’homologue syndical de l’ex-parti unique. Elle est l’expression fidèle, sur le terrain des luttes sociales, de l’échec politique du vieux parti dans la gestion de la cité. Avec toutefois une nuance : si le FLN n’a ni la latitude de se réformer ni les capacités de s’adapter à un paysage politique marqué par le pluralisme et donc par la compétition, l’UGTA, quant à elle, n’a même plus les moyens structurels de mobiliser, encore moins de préserver une place prépondérante dans le champ syndical. Mais, en la matière, la partie est encore plus aisée pour l’ex-parti unique qui, non sans un certain succès, s’appuie sur la fraude électorale afin de se maintenir. Le challenge est en effet plus ardu pour l’UGTA, bousculée en permanence par l’action des organisations autonomes par trop combatives et dont l’audience s’élargit sans cesse au sein du monde du travail, précisément grâce à cet engagement et à cette générosité dans la lutte.
Toutefois, le déclin désormais avéré de l’UGTA n’est pas seulement la résultante de la position peu confortable à laquelle l’a contrainte l’émergence tonitruante des syndicats autonomes. Il est aussi l’expression de la faillite du système politique dont l’organisation a toujours été un appendice, jusqu’à muer aujourd’hui en une sorte d’excroissance de l’Alliance présidentielle, collaborant avec elle aussi bien au gouvernement qu’au Parlement. Le processus par lequel le FLN s’est éloigné des valeurs démocratiques et sociales énoncées en 1956 est en tous points identique à celui qui a amené l’UGTA à se départir des principes fondateurs qui, la même année, avaient présidé à sa création.
Si les syndicats autonomes sont promis à un épanouissement certain, leur progression et leur affirmation comme entités incontournables sont appelées à donner du rythme à la démocratisation de la vie politique. Et vice-versa. Quant au sort de l’UGTA, il est intimement lié à l’avenir du système. Mais celui-ci en a-t-il un ?

Commentaires

  1. faiza dit :

    bjr dr tahar basbas!
    je salut vtre diplaumatie!
    faiza!

  2. karima dit :

    Ce système a-t-il en effet un avenir?
    Comme vous le dites si bien docteur, certains vivent par et pour le système, et on doit attendre la fin de ce dernier pour voir disparaître les premiers..
    Mais l’UGTA ne doit pas disparaître mais plutôt renaître..
    N’est-ce pas docteur?
    Et merci pour les luttes que vous menez sur tous les fronts.
    Bonne continuation aussi sur ce blog.

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